Une saison de livres en Tarn-et-Garonne (juin 2009)
L’édition d’ouvrages sur notre département, qui sommeillait un peu, enregistre ce printemps une poussée de sève notable. Histoire, poésie, beaux-arts, littérature –et même cuisine, il
n’est pas de domaine qui échappe à la vaillante plume de nos écrivains.
Parlons tout d’abord de deux livres qui sont déjà devenus indispensables à tout amoureux du Tarn-et-Garonne et de sa capitale.

Christian Stierlé, qui était jusqu’il y a peu de temps conservateur de la Bibliothèque Municipale Antonin Perbosc, clôt sa carrière par ce que les compagnons appellent un chef-d’œuvre : la pièce qui couronne l’édifice et dans laquelle l’artisan à mis toute sa science et tout son savoir-faire. Montauban : Au gré du temps, au fil des mots (éditions Privat) a demandé en effet à son maître d’œuvre une somme de connaissance, de travail et de patience que seul un bibliothécaire aguerri peut posséder.
Une centaine d’auteurs, de tous temps et de notoriétés diverses, certains même anonymes, ont été lus, étudiés, épluchés pour nous offrir ce florilège qui regroupe le meilleur de leurs
textes. Aux côtés des grands anciens (Olympe de Gouges, Jules Michelet, le comte de Guibert…) et de ceux qui sont en passe de les rejoindre (Bernard Barokas, Félix Castan, Pierre Gamarra qui vient de
nous quitter…) figurent des visiteurs inattendus (Clara Malraux, Michel Debré, Frédérique Hébrard…) et la fine fleur des auteurs contemporains (pour n’oublier personne je ne citerai que ceux qui
défendent notre ville à l’extérieur de ses murs : Philippe Labro, Renaud Camus, Philippe Delerm).
Cette promenade littéraire vous amènera au long de ses six chapitres de la préhistoire à nos jours, vous fera entendre les deux langues, occitane et française, qui résonnent en son
cœur et vous permettra de découvrir une foule de personnages, humbles ou célèbres. Car ce qui fait le grand intérêt de ce livre, c’est qu’il montre que la forte identité de Montauban a résidé tout au
long de son histoire, et réside toujours, dans l’alliance indestructible entre la ville et ses habitants.
(Cet ouvrage bénéficie d’un prix de lancement de 19.90€ jusqu’au 30 septembre 1999).

Patrick Caujolle, de son côté, nous propose une approche plus ludique de notre département dans ses Mystères du Tarn-et-Garonne (éditions de
Borée). Ce n’est pas en historien qu’il arpente les villes et villages des « trois vallées », mais en poète qu’il est –et en excellent conteur. Tout ce qui fait une bonne anecdote lui fait
matière, qu’il s’agisse des faits divers dont ni le passé ni le présent ne manquent ou des fantômes et des phantasmes de l’imaginaire populaire.
Le premier chapitre traite des affaires criminelles, mais sans s’appesantir, le sujet devant faire l’objet d’un livre à part à la rentrée chez le même éditeur. Le second regroupe
les histoires insolites : celles qui touchent notre patrimoine (le chasselas, la pente d’eau de Montech, les indiens de Monseigneur Dubourg…) et les faits divers inattendus. C’est ensuite au
tour des mystères, religion et légendes de nous enchanter au plein sens du terme : un monde peuplé de dames blanches, de loups-garous et d’ermites faiseurs de miracles. Les énigmes historiques
(ch. IV) s’interrogent, entre autres, sur la disparition de la ville d’Encone, l’origine des 400 coups et la grande peur de 1789… Pour conclure l’auteur nous propose les portraits de huit concitoyens
célèbres, dont ceux inattendus du capitaine Montauban et de Michel Baradat qui devint sioux par amour et dont une ville du Nebraska porte le nom !
Comme on le voit, on ne s’ennuie pas une seconde à la lecture de ce livre, d’autant que la plume vive et plaisante de Patrick Caujolle transforme la moindre anecdote en épopée –et
l’épopée en légende.

Les éditions Paris-Musées continuent l’exploration des archives d’Antoine Bourdelle en publiant les deux nouveaux volumes de ce qui tend à devenir les Œuvres
Complètes du sculpteur. Après Ma vie avec Bourdelle de Cléopâtre B.-Sevastos, sa seconde femme (2006) et les deux tomes de ses Cours & Leçons à l’Académie de la Grande Chaumière
(2008), ce sont deux livres importants qui paraissent aujourd’hui.
Du relief au texte est le catalogue raisonné des livres illustrés par le maître montalbanais. Pour chaque ouvrage on trouvera une présentation du livre et
des circonstances qui ont amené Bourdelle à l’illustrer, et l’intégralité de ses illustrations, souvent reproduites en pleine page. La diversité des techniques employées (gravure sur cuivre ou sur
bois, photogravure, héliotypie, lithographie, pochoir…) montre combien il avait à cœur de donner une réponse personnalisée à chaque œuvre. Un album superbe et émouvant.

Sculpteur bien sûr, dessinateur et peintre comme on vient de le voir, Bourdelle était aussi un écrivain et un poète de qualité, aussi à l’aise avec les mots qu’avec les formes.
C’est ce que prouve, si besoin était, L’Atelier perpétuel, recueil de ses proses et poésies coédité par les éditions des Cendres. Si les proses évoquent essentiellement des
souvenirs d’enfance, les poésies sont une continuelle célébration de la femme et de la terre, allant parfois jusqu’à annoncer les vers de Brassens (La tombe d’argile et son évocation des femmes qui
se penchent sur la sépulture pour le "petit plaisir posthume du défunt").
Bourdelle encore à travers le travail remarquable que Christian André-Acquier, en toute connivence d’artiste, consacre au Monument aux morts de 70, plus exactement
baptisé « Hommage aux morts, aux combattants et serviteurs de Tarn-et-Garonne 1870-1971 ». Décliné sous forme de livre et de DVD L’orchestre d’une tragédie étudie
ce groupe statuaire en montrant combien il est singulier et novateur (en le confrontant par exemple à La Marseillaise de Rude). C’est aussi une excellente introduction à l’ensemble de l’œuvre du
sculpteur.

En flânant parmi les parutions de l’année, nous nous arrêterons plus spécialement sur deux romans.
Ecrit par Claude Sicard, qui a abandonné pour l’occasion sa casquette de professeur de l’Université spécialiste de Roger Martin du Gard, Nature morte
au plat de faïence est un roman policier d’atmosphère à la Simenon où un policier à la veille de la retraite dévide les secrets familiaux qui hantent la bourgeoisie lilloise des années
30. Il y a tout ce qui faut de brouillard sur le pavé humide, de haines rentrées et de silences coupables pour que l’énigme reste entière jusqu’à la fin.
Jean-Pierre Frutos, qui a été un des fondateurs du Théâtre de l’Embellie et exerce aujourd’hui le métier d’instituteur, a puisé dans sa
biographie pour écrire Mademoiselle Roman, l’histoire de François, étudiant de 20 ans d’origine espagnole plongé dans la fièvre estudiantine, les lendemains qui chantent et
ceux qui font mal au crâne. Un livre heurté qui appelle au dialogue des cultures.
Librairie
Deloche



