L’Apothéose de Jean-Auguste-Dominique Ingres (mis à jour juin 2006)
L’exposition que le Louvre a consacré au peintre montalbanais du 24 février au 15 mai 2006 a été l’occasion pour les éditeurs de sortir de leur torpeur et
de redorer une production qui s’était depuis quelques années singulièrement ternie.
Dans l’abondance bienvenue des parutions –où, signalons-le, il n’y a aucun livre inutile- deux ouvrages paraissent devoir trouver en priorité leur
place dans la bibliothèque de l’amateur.

Le catalogue de l’exposition, sobrement intitulé « Ingres » et co-édité par Gallimard et la Réunion des Musées Nationaux, est la somme qu’on attendait depuis la parution du Mazenod de Georges Vigne, et à un prix plus accessible (39,90€). Les commissaires de l’exposition se sont mis en quatre (Vincent Pomarède, Stéphane Guégan, Louis-Antoine Prat et Eric Bertin) pour proposer une vision renouvelée de l’œuvre du « Maître de Montauban » appuyée sur des centaines de reproductions de tableaux et dessins.

Le livre le plus original est sans conteste celui de Jean-Pierre Cuzin et Dimitri Salmon : « Ingres / regards croisés » (Mengès, 39€). Très richement illustré aussi, cet ouvrage explore dans un premier temps les sources d’inspiration d’Ingres dans l’Antiquité (la statuaire en premier lieu) et la Renaissance (dont Raphaël à qui le Musée Ingres de Montauban vient de rendre hommage). Il consacre ensuite une seconde partie aux contemporains du peintre, le replaçant dans toute la richesse de la peinture du XIXème siècle. Enfin, et c’est là où il est le plus novateur, il suit en troisième partie les filiations du peintre (qui peuvent être des hommages ou des détournements) chez les peintres de la modernité et jusque dans notre monde contemporain à travers la bande dessinée, le cinéma –et la publicité !

L'exposition de l'été à Montauban, qui ira ensuite en Arles, "Ingres et l'antique. L'illusion grecque" fait l'objet d'un catalogue trés riche et un peu abrupt aux éditions Actes Sud (39€).

Deux excellentes introductions à prix très raisonnables sont proposées : l’une aux éditions Vilo (Manuel Jover : « Ingres », 19€) privilégie les reproductions, l’autre dans la collection Découvertes-Gallimard (Stéphane Guégan : « Ingres », 13,10€) plus pédagogique peut avoir une utilisation scolaire ou servir à tous d’utile aide-mémoire. Dans le même esprit, les éditions 5 continents publient leur « Ingres » sous la plume de William Hauptman dans la collection Galerie des Arts (cartonné, 16,95€)

Ceux pour qui les textes importent autant que l’image pourront retrouver les idées du Maître dans le choix d’« Ecrits et propos sur l’art » publiés chez Hermann (22€), ou bien plonger dans les textes des contemporains qui témoignent de l’homme (Goncourt, Gounod), apprécient l’œuvre (Baudelaire, Gautier), ou la raillent (Théophile Silvestre, dont on remarquera au passage qu’il est le seul à n’avoir laissé aucun souvenir !). Magellan & Cie a eu la bonne idée de regrouper sous le titre « Moi, Ingres » ces précieux documents qui montrent « L’artiste vu par ses contemporains »

Plus technique, le livre d’Adrien Goetz : « Ingres Collages » (Le Passage, 25€) explore à travers les dessins préparatoires et la pratique du collage le coeur même des compositions d’Ingres, et montre à quel point ses recherches ouvrent la voie au cubisme et au surréalisme.

C’est une démarche parallèle qui amène Sébastien Allard et Marie-Claude Chaudonneret (« Ingres. La réforme des principes : 1806-1834 », Fage, 29€) à avancer la
notion « d’archaïsme libérateur » pour qualifier l’originalité acquise par le peintre dans ses années de formation, à l’époque où, rappelons-nous, il voulait être « ce
révolutionnaire-là ».
L’éclairage choisi par Stéphane Guégan dans son « Ingres érotique » (Flammarion, 25€) se passe de commentaires…

C’est par un roman historique que le poète et romancier belge Gaston Compère a souhaité se joindre à cet hommage : il évoque dans « Caroline et Monsieur Ingres » (Le Cri, 20€) le séjour napolitain du peintre, ses rapports avec la Reine de Naples, et l’aventure de « La Dormeuse », le tableau disparu qui a déjà fait couler beaucoup d’encre.

Restent à mentionner une étude consacrée à « La Grande Odalisque » par Pierre Emmanuel Prouvost d’Agostino aux éditions des Quatre chemins (9,95€) et, pour les enfants, un numéro de la revue Dada sur l’artiste (« Ingres et après… », 6,50€), et nous aurons fini l’inventaire de cette célébration qui marque l’entrée définitive d’Ingres dans le panthéon des très grands peintres français.
Librairie
Deloche



